Mondaine


Petit essai d’asocialité






C’est un vœu pieux
Une chimère
Je m'obstine pourtant
Revenant inlassablement
Contre tout espoir de progrès
À la question numéro Un
Comment atteindre la ligne bleue des Vôtres ?


Pour m’adapter enfin
Aux charmes des vraies conversations
Le bon ton, je cherche à l'adopter
C’est un effort vain
Ce n’est pas pour moi les salons
Le bruit feutré des alliances
Les ablutions dans les syllabes
Dessein dansant des soirées encerclées
De coïncidences à l'envers
Toutes entières attribuées déjà

Je me plie
Je souris, je souris
Aux effets des formes convenues
Et toujours, le lendemain
Je reviens à ma place, celle que j’occupe enfin en m'en allant
Nulle part, mais suffisamment.











Nous


 Petit essai de collectivisme










Je cherche un appui
Un garde du corps qui me rassemble
La prudente aliénation  à une lignée qui me libèrerait de mes déchaînements
Un collectivité charmante qui ait son mot à dire
Qui parle au nom de tous ces débordements et m'organise
Appartenir !

Appartenir, être blottie enfin au centre de l'indivisible !
Une entité dehors qui m'élève enfin dedans !

Toucher les rangs de mon propre symbole
M'immerger dans le O du groupe
Quel soulagement !
L 'inscription dans la lettre unique d'une allégeance qui me définisse
De jour, au moins de jour
Et pendant que je m'oublie
Aussi de nuit



Août 2010









Demain



Petit essai  de désespoir






Perds patience, veux-tu ?
Il n’y aura pas de jour meilleur
Déleste-toi d'espoir
 Viens-là
Au creux de ce petit espace
Assis au bord de rien, tu verras mieux
Écoute aussi
Pas de rayonnement ultime
Il n’y aura pas de monde meilleur
Buvons-le, buvons-le !
Pas de jour demain
Lève avec moi les coupes de notre joie bancale
L'amertume est dissoute par l'aube
Elle ne peut pas nous étouffer
Aime-moi un peu comme tu peux et c'est bien
Se dénouent sans même y penser les codes génétiques de nos solitudes
Pendant que je frotte avec mes paumes les muscles de tes appels
Toi seul, fais-moi grégaire















Août 2010







Reflux acides



Petit essai  fumeux







Tout me calcine
Là, l’aigreur
Toute ma laideur en plus
Le petit Mirus flambant
De mes passions fumantes
Et ma haine minuscule
Et mon rien glacé d'intransigeance
Et la si cruelle nécessité d'être avec les autres
Et les autres
Brûlons tout !
Consumons tout !
It's such a good day!
Purifions nous par les flammes
C'est fait, je me décide
Périssons en elles
Les cendres resteront éparpillées pour alléger la mémoire
Me souvenir que je me dois
Un tisonnier coincé entre la lèvre et la gencive
Je ne peux pas bien me le dire





 
Août 2009






Divin chantier


Petit essai sans au-delà










Il n'y a rien
C'est très bien
Rien n’attend mon évaporation finale
Rien n'attribuera leurs valeurs à mes vies
A qui la responsabilité du grand nettoyage ?
Suis-je ma propre porte ?
Savoir ce qu’il en a été de moi ?
Je me vois ?
Où ?
Dans mes yeux les yeux de l’autre ?
Ma forme imprécise derrière sa pupille
Pas d'autel de la connaissance
Pas de jugement de dernière heure
Si toutes les vies se valent face au néant là-bas
Je veux simplement tenter de valoir la mienne



Août 2010







Désidéal





Petit essai sans avenir








Toute entière occupée à rester enchâssée dans l'à-peu-près
Je marche avec précaution sur le sol verglacé des désillusions
C’est un revêtement scintillant
Je ne veux pas briller demain
Ni être happée dans les remous lumineux
Du monde qui va briller demain
Pas demain
Pas un jour
Pas avant
Ni plus tard
Je n’en veux pas
Rien de ce qui pourrait
De ce qui, si tout changeait
Rien du meilleur à venir
Je veux ce qui m’entoure
Je veux méticuleusement me défaire de ce que je voudrais
Ce qui m’enserre
Que je décolore sous les éblouissements des avenirs flambant neufs
Je le veux


Je veux l’imparfait
Pas de remises à flots infinies
Ni la parfaite alliance  de l’ailleurs émouvant
Non plus les meilleurs avant
Le poids des leçons qui ne seront jamais tirées, je le veux
La honte des erreurs reconduites
Celle de mes imprudences
De mes vices sans nom
Je ne veux pas l’idéal
Je veux ne garder que le y d’y croire
Celui de s'y perdre
D'apprendre à s'y perdre
Et c’est assez pour passer plus de temps que j’en aurai
Ce qui est autour
C’est assez.



Août 2010





Tympan





Petit essai acoustique











Et puis il le faut
Le moment est venu de nos absolutions
Exsangues, dessangler nos vérités abusives
Se dissoudre, c’est bien possible, dans l’énergie d’un autre
Dégrafer un moment nos savoirs
Le chef de l’orchestre silencieux a le crâne rasé
Sous la peau de sa mission, ses yeux brûlent
Il lance un signe qui fend l’air
La fête s’arrache à la dévoration de sa passion mesurée
Musique
Musique
Point suprême du pardon
La force pure administrée au plus limpide de notre cause
Celle perdue pour tous
Damnée route dont l’asphalte fondu rejaillit sur nous en flots continus
Lavant les plaies de notre abrutissement
Musique
Musique
Point de suspension de notre suintement
L’enlèvement s’opère
La densité du geste fait tressaillir les agonies où qu’elles soient
Musique
Musique
Tout à coup je me souviens
A travers son œil implacable
L’orchestre fraye sa route vers la première pulsation
L’archer ouvre le ban
Assis de dos, encore dans l’ombre
Il le sait, nous nous débattons pour lui
Je vois que l’air respire.




Août 2010




Penser en courant



Petit essai de suivisme











Plus, encore plus
Stop
Arrêtons tout !
Beaucoup
Je craque de partout
Le superlatif m'usurpe
Plus qui plus que moi est
Il donne le tempo de mon débordement
Toute la mesure de tout ce qui se fait
Ce qui est le plus est le mieux
Ce cumul sur les formes du nombre impose un poids
M'écrase
Pourtant c'est connu, seul le contenu traque l’inconnu
L'ineffable
Il l'éclaire
J'en ai besoin, je crois ne pas mentir
Il est devant moi et si je ne le suis pas je n'y suis pas.




Août 2010










De l'air !




 Petit essai de solidarité






Au soir encore
Immergée dans la vilainie du monde
Jusqu’au cou que la corde serrera haut
Le spasme
En vain
Mal encore
Mal toujours pour toi
Tu m'attires vers ta faille
À côté de laquelle je marche
Je te regarde tomber
Par hasard ici, et toi là
Ici jusqu’à l’écœurement
Immergée dans l’insalubrité peu équivoque
De la violence sans un seul nom
Je masse la chair dévitalisée
De la danse aux pieds ferrés des abus
Jusqu’à la nausée, au débordement
Écrasée sous le hasard des pouvoirs
Pour toujours brutaux
Et de leurs bruits.





Symphonie N° 6 en La mineur. “Tragique”.

Gustav Mahler. Orchestre de Paris dirigé par Christopher Eschenbach.


Août 2010













Soumis à la question.

 

Petit essai à vide

 






 De tous ceux qui ouvrent la bouche vers les cieux
J' inspecte la trachée de très près
Et soupire souvent
Je demande et n’écoute pas leurs réponses
Je crois plus sensé de heurter mon impatience aux contre-bas
Des lacs
Ou des rivières
Des fontaines
Et des mares
Des ruisseaux
De beaucoup d’autres canalisations
Et de la mer, aussi
À l’eau
Soigneusement, pour commencer
L’eau peut-être
Pas l’or
Je me tais encore un soir
Regarde mon voisin
Et il n’en sait rien
Regarde les gants de Dieu dans les poches de mon voisin
J'ai honte
Tant à faire
Pour se défaire de tout
Mais il l’ignore
Je m'incline à peu prêt
Je pourrais l’embrasser en entier
Et m’asseoir sur les genoux
Qu’il pose au sol lorsqu’il prie
Pour moi
Pour lui
La forme que ça prend
L’allure
Le hasard
Je n’en crois pas mes yeux
Les rites et les onguents
Trop loin des doigts
Les chaînes
Tant à faire
Pour se défaire














Ne pas savoir.




Petit essai grand ouvert









Je ne veux pas savoir
Je prendrai chacune des pierres qui tombent
Avec les dents je les émietterai
Sans hésiter
Pour m’éviter le pire
L'idée du poids des murs
Qu'elles construisaient avant
Je les réduirai en poudre
Douce à la peau
Transparente à la vue
Je ne veux pas marcher suivant un plan d'accès
Merci pour toutes ces paroles sensées
C’est assez
La vérité, je veux tout à fait que le temps me la prenne








Simon du Désert



Petit essai sacrifié

 

 




Simon, le sable du désert te brûle
Debout depuis des siècles
Tu regardes ailleurs et t'y plais
Ton exploit tout luisant de magnificence
La certitude de ta singularité offerte
Au Dieu tien qui te berce
Premier et seul
La souffrance, la souffrance !

Impossible de s’offrir à lui plus parfaitement que toi
Incommensurabilité du sacrifice
Adorable de l’exceptionnel
C’est là que tu cherches, jour après jour, le lieu de sa préférence
Tu payes d’un prix si délicat cette volonté qu’il t’y voie
T’y reconnaisse
Plus haut, plus seul
Plus fort et plus léger

Vide sur un pied pour atteindre à l’empire
Sous l’humilité de ton choix ruisselle l’or de la jouissance
Simon, le désert applaudit nuit et jour à ta splendeur
Tu fermes les yeux d’enthousiasme
C’est ainsi que Dieu te veut
Il t'a choisi pour l'incontinence de ton zèle
Fils de rien
Qui saura se donner plus que toi ?

Le plus, le plus, Simon, c'est là que gît l'orgueil
Foulé par ton pied nu
Ton corps dévasté pend devant la toile tendue de sa corruption
Le sais-tu ?
De partout ton pied nu se balance, outrecuidant et silencieux
L’ascèse a crevé chacun des yeux que tu voulais lever vers lui
Tu te restes seul à toi-même
Tes pieds vains gangrenés pour rien
Juste pour toi et ce que tu n’es pas. 







 



Août 2010


Hommage à Buñuel